{"id":15847,"date":"2015-10-25T11:52:20","date_gmt":"2015-10-25T10:52:20","guid":{"rendered":"http:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/?p=15847"},"modified":"2016-08-13T01:56:58","modified_gmt":"2016-08-12T23:56:58","slug":"25-octobre-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/25-octobre-2015\/","title":{"rendered":"25 octobre 2015 \/ En bas de chez moi"},"content":{"rendered":"<p>En bas de chez moi, y a une \u00e9picerie casher. Certains dimanches matins, pendant que les cloches de l\u2019\u00e9glise du square tout proche sonnent avec l\u2019enthousiasme d\u2019une nonne en goguette, les voitures venues de la banlieue garent en double file dans la rue et \u00e0 Pessah, les cartons s\u2019empilent sur le trottoir. Enfin, se garaient, s\u2019empilaient et y avait. Ou quasi. Le casher va \u00eatre remplac\u00e9 par une \u00e9picerie d\u2019une cha\u00eene bio.<br \/>\nCe matin, comme souvent quand c\u2019est elle \u00e0 la caisse, la vendeuse fumait une clope sur le pas de la porte. Moi, je m\u2019entends mieux avec le g\u00e9rant, j\u2019aime sa tchatche rieuse. Mais en veine de bavardage, ce dimanche matin, j\u2019ai quand m\u00eame tap\u00e9 la conversation \u00e0 la vendeuse. Elle a une voix cass\u00e9e de fumeuse et un accent pied-noir lointain. Moi : Alors, quand est-ce que vous allez fermer ? Elle : Fin novembre. Moi : Oui, la concurrence. C\u2019est vrai, il y a un autre casher qui s\u2019est ouvert pas loin. Elle : Oh, c\u2019est pas \u00e7a. C\u2019est difficile. Le patron, il en a marre. Vraiment marre. Moi : Marre ? Elle, apr\u00e8s une pause : Oh, des tas de choses. Des tas de choses. Dans ses yeux noir profond, passaient les attentats de janvier, l\u2019hyper casher de la porte de Vincennes, la multiplication des alya et de l\u2019antis\u00e9mitisme, un peu de parano.<br \/>\nMoi, le casher, les histoires du petit qui ne doit pas \u00eatre cuit dans le lait de sa m\u00e8re, jusqu\u2019\u00e0 la couleur des coquilles d\u2019\u0153uf qui ne doit pas \u00eatre jaune mais blanche, \u00e7a m\u2019\u00e9nerve. Comme le poisson catho du vendredi ou le car\u00eame sans bonbons. M\u00eame si le poisson, certains jours, c\u2019est mieux que la viande et que se passer de bonbons, c\u2019est bon. Et pour tout dire, je serai content d\u2019avoir un \u00ab bio \u00bb en bas de mes escaliers. On est bobo ou on ne l\u2019est pas.<br \/>\nMais, quand apr\u00e8s avoir tap\u00e9 la discussion avec la vendeuse, j\u2019ai fait mon jogging (on est bobo ou on ne l\u2019est pas), je me suis dit que les temps commencent \u00e0 devenir sales par ici. Un pur, bien, bio, bobo, nouveau conformiste chasse un autre pur, casher, conforme depuis des lunes. Un nouveau convenable pousse un ancien devenu moins acceptable ou qui se sent moins accept\u00e9. Les purs partent o\u00f9 ils croient \u00eatre mieux chez eux. Et les nouveaux purs se retrouvent entre eux. Il y a des \u00e9purations et auto-\u00e9purations sournoises, sous les dehors les plus corrects.<br \/>\nOui, sale temps pour l\u2019impuret\u00e9.<br \/>\nMoi, en bas de mes escaliers, je veux une rue avec pleins de purs qui s\u2019entrem\u00ealent et se polluent les uns les autres. Des bio, des casher, des hallal. Jusqu\u2019\u00e0 ne plus savoir (ce) qui est pur et (ce) qui est impur. Pas une rue bio. Une rue qui vit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En bas de chez moi, y a une \u00e9picerie casher. 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