{"id":16027,"date":"2017-08-10T23:27:00","date_gmt":"2017-08-10T21:27:00","guid":{"rendered":"http:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/?post_type=tribe_events&#038;p=16027"},"modified":"2017-08-10T23:27:00","modified_gmt":"2017-08-10T21:27:00","slug":"jeune-afrique-et-si-on-relisait-le-devoir-de-violence-de-yambo-ouologuem","status":"publish","type":"tribe_events","link":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/event\/jeune-afrique-et-si-on-relisait-le-devoir-de-violence-de-yambo-ouologuem\/","title":{"rendered":"Jeune Afrique : et si on relisait\u2026 \u00ab Le Devoir de violence \u00bb de Yambo Ouologuem ?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/mag\/463854\/culture\/litterature-et-si-on-relisait-le-devoir-de-violence-de-yambo-ouologuem\/\">http:\/\/www.jeuneafrique.com\/mag\/463854\/culture\/litterature-et-si-on-relisait-le-devoir-de-violence-de-yambo-ouologuem\/<\/a><\/p>\n<p><em>Jeune Afrique<\/em>, 8 ao\u00fbt 2017, article de Jules Cr\u00e9tois<\/p>\n<p class=\"lead\">En juillet et en ao\u00fbt, Jeune Afrique revient sur des \u0153uvres majeures qui font toujours parler d\u2019elles, inspirant le pr\u00e9sent. Cette semaine, c&rsquo;est au tour du \u00ab Devoir de violence \u00bb de Yambo Ouologuem.<\/p>\n<p>Nous sommes en 1968. Sous une couverture d\u00e9pouill\u00e9e, les \u00e9ditions parisiennes du Seuil annoncent un roman\u2009: <em>Le Devoir de violence<\/em>. Il s\u2019agit de l\u2019histoire fictive de la dynastie des Sa\u00effs, qui, pendant des si\u00e8cles, b\u00e2tissent un empire largement fond\u00e9 sur l\u2019esclavagisme et ses corollaires, corruption et abaissement moral, violences de toutes sortes\u2026 Les Sa\u00effs, oscillant entre monoth\u00e9isme et paganisme, ouvrent les portes de leur empire aux traites occidentales et arabes. L\u2019action se poursuit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des colons fran\u00e7ais et leur entente avec un jeune gouverneur form\u00e9 dans l\u2019Hexagone.<\/p>\n<p>L\u2019auteur Alain Mabanckou replace le roman dans son contexte dans <em>Le Sanglot de l\u2019homme noir<\/em>\u2009: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait [\u2026] la naissance de l\u2019autocritique, [\u2026] une hardiesse au moment o\u00f9 tout \u00e9crivain africain \u00e9tait cens\u00e9 c\u00e9l\u00e9brer les civilisations africaines\u2026\u00a0\u00bb \u00c0 une n\u00e9gritude qui tend \u00e0 magnifier l\u2019Afrique pr\u00e9coloniale, Yambo Ouologuem r\u00e9pond avec une histoire violente et un regard critique.<\/p>\n<p>Il d\u00e9cortique le processus par lequel on transforme la population en \u00ab\u00a0n\u00e9graille\u00a0\u00bb servile. La charge ne se fait pas attendre. L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, qui r\u00e8gne alors en ma\u00eetre sur les lettres ouest-africaines et pr\u00e9side le S\u00e9n\u00e9gal, l\u00e2che\u2009: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas que le g\u00e9nie litt\u00e9raire, il y a aussi une attitude morale [\u2026]. Je pense que c\u2019est affligeant. [\u2026] On ne peut pas faire une \u0153uvre positive quand on nie tous ses anc\u00eatres.\u00a0\u00bb Le roman est re\u00e7u par une bonne partie des \u00e9lites africaines comme une trahison.<\/p>\n<p>Le<em> Devoir de violence<\/em> ravit pourtant de nombreux lecteurs et rafle le prix Renaudot. Ouologuem, qui a alors moins de 30 ans, est le premier Africain \u00e0 recevoir une telle distinction. Mais le scandale ne tarde pas\u2009: il est accus\u00e9 de plagiat. Et, de fait, son r\u00e9cit est truff\u00e9 de clins d\u2019\u0153il, de citations et de renvois \u00e0 diff\u00e9rents textes. Aujourd\u2019hui encore, certains assurent que l\u2019auteur avait signal\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9diteur ses emprunts. Ouologuem vit tr\u00e8s mal la pol\u00e9mique. Tourn\u00e9 vers l\u2019islam, il m\u00e8ne aujourd\u2019hui une existence retir\u00e9e \u00e0 S\u00e9var\u00e9, au Mali.<\/p>\n<h3>Le symbole d\u2019une cr\u00e9ation africaine libre<\/h3>\n<p>Reste la le\u00e7on, magistrale, et l\u2019influence du roman, ardemment d\u00e9battu et comment\u00e9 en France, aux \u00c9tats-Unis, mais aussi au S\u00e9n\u00e9gal et au Mali, bien qu\u2019\u00e9puis\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ouologuem reprend certains codes du roman europ\u00e9en et, avec cette nouvelle ressource, d\u00e9clare implicitement\u2009que les Africains peuvent raconter leur histoire comme les Europ\u00e9ens racontent la leur\u00a0\u00bb, remarque l\u2019\u00e9crivain Jean-Pierre Orban, qui rappelle que Ouologuem a re\u00e7u une \u00e9ducation occidentale, dont il s\u2019affranchit en m\u00eame temps qu\u2019il l\u2019utilise pour son r\u00e9cit, dans un geste paradoxal.<\/p>\n<p>Haut et fort, il inaugure le postmodernisme litt\u00e9raire africain et \u00ab\u00a0montre qu\u2019il y a une continuit\u00e9 entre les pouvoirs pervers de l\u2019\u00e9poque pr\u00e9coloniale et la v\u00e9nalit\u00e9 en actes du pouvoir colonial\u00a0\u00bb, comme le dit <a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/mag\/313546\/culture\/achille-mbembe-violence-anticoloniale-etait-liberatrice-violence-terroriste-veut-detruire-democratie\/\">le philosophe camerounais Achille Mbembe<\/a>.<\/p>\n<p>Pour lui, <em>Le Devoir de violence<\/em> \u00ab\u00a0pr\u00e9figure la litt\u00e9rature du \u201cd\u00e9senchantement\u201d\u00a0\u00bb, dans laquelle on range des auteurs comme Ahmadou Kourouma, Sony Labou Tansi ou Mongo Beti. Mbembe reconna\u00eet l\u2019influence que Le <em>Devoir de violence<\/em> a eue sur lui et sur son livre <em>De la postcolonie<\/em>.<\/p>\n<p>Essai sur l\u2019imagination politique dans l\u2019Afrique contemporaine. Pour Mbembe, le d\u00e9bat ouvert par Ouologuem, loin des faux dilemmes et des jeux de d\u00e9culpabilisation si courants aujourd\u2019hui, n\u2019est pas ferm\u00e9.<\/p>\n<p>Ce que contient <em>Le Devoir de violence<\/em>, c\u2019est une dimension \u00ab\u00a0blasph\u00e9matoire, h\u00e9r\u00e9tique\u00a0\u00bb, qu\u2019il convient de faire vivre, pour une cr\u00e9ation africaine libre et riche d\u2019une r\u00e9flexion sur elle-m\u00eame.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>http:\/\/www.jeuneafrique.com\/mag\/463854\/culture\/litterature-et-si-on-relisait-le-devoir-de-violence-de-yambo-ouologuem\/ Jeune Afrique, 8 ao\u00fbt 2017, article de Jules Cr\u00e9tois En juillet et en ao\u00fbt, Jeune Afrique revient sur des \u0153uvres majeures qui font toujours parler d\u2019elles, inspirant le pr\u00e9sent. Cette semaine, c&rsquo;est au tour du \u00ab Devoir de violence \u00bb de Yambo Ouologuem. Nous&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","meta":{"_tribe_events_status":"","_tribe_events_status_reason":"","footnotes":""},"tags":[],"tribe_events_cat":[],"class_list":["post-16027","tribe_events","type-tribe_events","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/tribe_events\/16027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/tribe_events"}],"about":[{"href":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/tribe_events"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/tribe_events\/16027\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16027"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16027"},{"taxonomy":"tribe_events_cat","embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanpierre-orban.com\/wp\/wp-json\/wp\/v2\/tribe_events_cat?post=16027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}